La tension monte sur le marché monétaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) avait mis 700 milliards de FCFA à la disposition des banques commerciales. Elle a tout servi. Mais l’appétit des établissements était nettement supérieur. Quinze banques ont déposé 34 offres. Au total, elles réclamaient 851,1 milliards de FCFA. Soit un taux de souscription de 121,59 %. Pour chaque franc CFA proposé par la banque centrale, les établissements en demandaient 1,21. Le chiffre traduit une réalité plus profonde : les trésoreries bancaires restent sous pression. L’offre de la BEAC soulage le marché, mais ne suffit pas à éponger tous les besoins.
Cette rareté a un prix. Les banques ont proposé des taux compris entre 4,80 % et 5 %. La BEAC a finalement retenu un taux marginal de 4,90 %, pour un taux moyen pondéré de 4,94 %. Le taux directeur de l’institut d’émission reste pourtant fixé à 4,50 %. L’écart est révélateur. Pour sécuriser leurs ressources, les banques acceptent désormais de payer davantage. La pression est encore plus visible sur le marché interbancaire. À sept jours, le taux interbancaire atteint 6,48 %. Il dépasse largement le taux directeur de la BEAC et même le taux de sa facilité de prêt marginal, fixé à 5,75 %. Une situation qui pousse les banques vers le guichet de la banque centrale. Emprunter directement auprès de la BEAC devient plus intéressant que de se financer auprès de leurs consœurs.
L’institut d’émission ne reste pas les bras croisés. Après une première injection de 600 milliards de FCFA le 11 août, puis celle de 700 milliards quelques jours plus tard, la BEAC a encore relevé la mise. Un nouvel appel d’offres de 800 milliards de FCFA a été lancé le 25 août. La période de souscription court jusqu’au 3 septembre. En quelques semaines, la banque centrale aura donc multiplié les interventions pour tenter de desserrer l’étau sur le système bancaire régional. Mais la demande ne faiblit pas. Cette situation constitue un indicateur à surveiller. Elle peut traduire des besoins de trésorerie croissants des banques, mais aussi une demande de financement plus soutenue de la part des économies de la sous-région. Pour les établissements bancaires, l’équation est désormais simple : trouver de l'argent rapidement, quitte à en payer le prix. Pour la BEAC, le défi est plus délicat : injecter suffisamment de liquidités pour éviter l'asphyxie du marché, sans pour autant relâcher excessivement les conditions monétaires. La course aux liquidités est donc loin d’être terminée. Et les 800 milliards de FCFA désormais proposés pourraient bien être le prochain test de résistance du système bancaire de la CEMAC.
