Afrique : L’échec économique de la « Révolution Verte »

Dynafrika.com·28 août 20262 min
Afrique : L’échec économique de la « Révolution Verte »

Vingt ans après le lancement de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), le rapport publié par l’Alliance pour la Souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) dresse un bilan macroéconomique et humain sévère. Le modèle fondé sur les engrais chimiques, les semences commerciales et les subventions publiques massives n'a tenu ni ses promesses de productivité ni ses objectifs de sécurité alimentaire.

La Rédaction

Selon l’analyse menée sur 18 ans à partir des données de la FAO dans 13 pays ciblés par l’AGRA, l’utilisation d'engrais a plus que doublé pour atteindre 26 kg/ha.

Stagnation des rendements : La croissance des rendements des cultures de base s'est tassée à 1,2 % par an (2006-2024), soit un rythme inférieur aux 1,3 % enregistrés avant la création de l'AGRA.

Échec du maïs et effondrement des cultures traditionnelles : Le rendement du maïs n'a augmenté que de 40 % (contre un objectif de 100 %), tandis que les rendements du millet (-17 %), des tubercules (-10 %) et de l'arachide (-11 %) se sont effondrés.

L'illusion de la hausse de production : La hausse globale de la production s'est faite par extension des surfaces cultivées (+46 % au total) et non par un gain d'efficience. 

Explosion de la sous-alimentation : Le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans ces pays est passé de 94,6 à 149,6 millions (+58 %).

La facture budgétaire et le contre-exemple sénégalais

L'un des constats les plus marquants concerne le coût pour les finances publiques nationales :

Près d'un milliard de dollars par an sont engloutis dans les subventions aux intrants commerciaux. Au Malawi, ces subventions ont représenté jusqu’à 60 % du budget agricole en 2022, sans empêcher une hausse de la faim de 61 %.

Le Sénégal comme contre-exemple : Non ciblé par l'AGRA, le Sénégal affiche un indice de rendement des cultures de base en hausse de 73 % (contre 25 % dans les pays AGRA), avec une consommation d'engrais deux fois moindre (~14 kg/ha) et une préservation des cultures locales (millet +85 %, sorgho +75 %). Comme le soulignent les experts d'AFSA, « la diversité est elle-même la productivité ».

Vers un arbitrage financier d'ici 2035

Alors que les bailleurs internationaux (Banque Mondiale, BAD) s'apprêtent à engager des dizaines de milliards de dollars supplémentaires dans l'agro-industrie et les intrants, l'AFSA et plusieurs chercheurs appellent à réorienter d'urgence ces fonds vers l'agroécologie, la fertilisation biologique, la souveraineté semencière et la résilience climatique. L'enjeu à l'horizon 2035 n'est plus seulement de financer davantage l'agriculture africaine, mais de la financer autrement.

 

Suivre Dynafrika.com

Recevez les nouveaux articles. Choisissez votre canal.

Partager

0 commentaire

    Soyez le premier à réagir.

D

Dynafrika.com

Voir la vitrine du média →