La Rédaction
Selon l’analyse menée sur 18 ans à partir des données de la FAO dans 13 pays ciblés par l’AGRA, l’utilisation d'engrais a plus que doublé pour atteindre 26 kg/ha.
Stagnation des rendements : La croissance des rendements des cultures de base s'est tassée à 1,2 % par an (2006-2024), soit un rythme inférieur aux 1,3 % enregistrés avant la création de l'AGRA.
Échec du maïs et effondrement des cultures traditionnelles : Le rendement du maïs n'a augmenté que de 40 % (contre un objectif de 100 %), tandis que les rendements du millet (-17 %), des tubercules (-10 %) et de l'arachide (-11 %) se sont effondrés.
L'illusion de la hausse de production : La hausse globale de la production s'est faite par extension des surfaces cultivées (+46 % au total) et non par un gain d'efficience.
Explosion de la sous-alimentation : Le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans ces pays est passé de 94,6 à 149,6 millions (+58 %).
La facture budgétaire et le contre-exemple sénégalais
L'un des constats les plus marquants concerne le coût pour les finances publiques nationales :
Près d'un milliard de dollars par an sont engloutis dans les subventions aux intrants commerciaux. Au Malawi, ces subventions ont représenté jusqu’à 60 % du budget agricole en 2022, sans empêcher une hausse de la faim de 61 %.
Le Sénégal comme contre-exemple : Non ciblé par l'AGRA, le Sénégal affiche un indice de rendement des cultures de base en hausse de 73 % (contre 25 % dans les pays AGRA), avec une consommation d'engrais deux fois moindre (~14 kg/ha) et une préservation des cultures locales (millet +85 %, sorgho +75 %). Comme le soulignent les experts d'AFSA, « la diversité est elle-même la productivité ».
Vers un arbitrage financier d'ici 2035
Alors que les bailleurs internationaux (Banque Mondiale, BAD) s'apprêtent à engager des dizaines de milliards de dollars supplémentaires dans l'agro-industrie et les intrants, l'AFSA et plusieurs chercheurs appellent à réorienter d'urgence ces fonds vers l'agroécologie, la fertilisation biologique, la souveraineté semencière et la résilience climatique. L'enjeu à l'horizon 2035 n'est plus seulement de financer davantage l'agriculture africaine, mais de la financer autrement.
