Le déficit d'enseignants scientifiques : une bombe à retardement pour l'école ivoirienne

FIATLUX·31 août 20263 min
Le déficit d'enseignants scientifiques : une bombe à retardement pour l'école ivoirienne

La Côte d'Ivoire ambitionne de devenir un pays émergent d'ici quelques années. Mais derrière les grands chantiers d'infrastructures et les discours sur l'innovation technologique, un problème structurel menace silencieusement cette ambition : le manque criant d'enseignants dans les matières scientifiques.

Un constat alarmant

Dans de nombreux établissements du pays, particulièrement en zone rurale mais aussi dans certains lycées urbains, les postes de professeurs de mathématiques, de physique-chimie et de sciences de la vie et de la terre (SVT) peinent à être pourvus. Conséquence directe : des classes pléthoriques, des heures de cours non assurées pendant des semaines, voire des mois, et des programmes bouclés à la hâte en fin d'année scolaire.

Certains établissements se retrouvent contraints de faire appel à des enseignants non spécialisés, ou de regrouper plusieurs classes pour un seul professeur disponible. Le résultat est prévisible : une baisse du niveau des élèves dans des disciplines pourtant essentielles à leur orientation future.

Pourquoi ce déficit ?

Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie :

Le manque d'attractivité du métier. Face aux salaires proposés dans le privé ou dans d'autres secteurs, beaucoup de titulaires de licences scientifiques se détournent de l'enseignement, jugé peu valorisant financièrement et socialement.

Une formation initiale insuffisante. Le nombre de places dans les écoles de formation des maîtres et les concours de recrutement ne suit pas la croissance démographique scolaire, particulièrement marquée en Côte d'Ivoire.

La fuite vers d'autres opportunités. Ingénieurs, techniciens et diplômés scientifiques trouvent souvent dans le privé, les ONG ou l'expatriation des conditions plus avantageuses que celles offertes par la fonction publique enseignante.

Une désaffection des filières scientifiques elles-mêmes. Le cercle est vicieux : moins d'enseignants qualifiés entraîne un enseignement scientifique de moins bonne qualité, ce qui décourage à son tour les jeunes de s'orienter vers ces filières, y compris vers le métier d'enseignant.

Les conséquences pour le pays

Ce déficit n'est pas qu'un problème pédagogique isolé. Il compromet directement l'ambition industrielle et technologique de la Côte d'Ivoire. Sans une base solide de jeunes formés en sciences, difficile d'espérer produire localement les ingénieurs, médecins, techniciens supérieurs et chercheurs dont le pays a besoin pour réduire sa dépendance à l'expertise étrangère.

À terme, c'est toute la chaîne de développement économique — agro-industrie, BTP, santé, numérique — qui se trouve fragilisée par un vivier de compétences scientifiques insuffisant.

Quelles pistes de solution ?

Face à ce défi, plusieurs leviers méritent d'être actionnés :

Revaloriser le statut et la rémunération des enseignants de sciences, avec des primes spécifiques pour les disciplines en tension.

Augmenter les capacités de formation initiale, en ouvrant davantage de places dans les écoles normales supérieures et les centres de formation.

Créer des passerelles incitatives pour orienter les diplômés scientifiques vers l'enseignement, notamment via des bourses conditionnées à un engagement de service.

Améliorer les conditions de travail dans les zones difficiles d'accès, où la pénurie est la plus sévère.

Valoriser l'image du métier d'enseignant scientifique auprès des jeunes, en montrant son rôle stratégique dans le développement national.

Conclusion

L'école ivoirienne ne pourra pas produire les scientifiques de demain si elle ne parvient pas d'abord à former et retenir ceux qui doivent les enseigner aujourd'hui. Ce déficit d'enseignants scientifiques appelle une réponse urgente, coordonnée et durable, tant les enjeux dépassent largement les murs de la salle de classe.

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