Société

Côte d'Ivoire/ Orpaillage : '' la guerre des tranchées '' entre Sylver Konan et Diby Kokora dans le Moronou

Gbaka Timothée ·29 août 20266 min
Côte d'Ivoire/ Orpaillage : '' la guerre des tranchées '' entre Sylver Konan et Diby Kokora dans le Moronou

Abidjan, samedi 29 août 2026 - La controverse autour de l’orpaillage dans le Moronou prend une nouvelle tournure. Le journaliste d’investigation André Silver Konan et le député de Bongouanou, Bernard Diby Kokora, se répondent publiquement après une série de publications mettant en cause le parlementaire et son entourage dans des affaires liées à l’exploitation minière dans la région.

Le jeudi 27 août 2026, André Silver Konan a publié une série d’interpellations adressées au député de Bongouanou. Le journaliste y pose quatre questions portant notamment sur l’existence alléguée d’un site d’orpaillage à proximité du domicile du parlementaire, l’exploitation d’un site dans sa forêt familiale d’Adifè, les activités supposées de son suppléant et la présence récurrente, selon lui, du nom du député dans des affaires d’orpaillage à la Direction des Mines de Bongouanou.

Le vendredi 28 août 2026, Bernard Diby Kokora a réagi par un droit de réponse particulièrement détaillé. Le député conteste les insinuations formulées à son encontre et demande au journaliste de produire les éléments matériels et documents sur lesquels reposeraient ses affirmations.

Les quatre questions d’André Silver Konan

Dans sa publication du 27 août 2026, André Silver Konan interpelle directement Bernard Diby Kokora sur plusieurs aspects de l’orpaillage dans le département de Bongouanou.

La première question porte sur l’existence alléguée d’un site d’orpaillage situé à proximité du domicile du député à N’Guessankro, sur la voie de Tanosso.

« Comment expliquez-vous l’existence d’un site d’orpaillage, non loin de votre domicile de N’Guessankro, sur la voie de Tanosso ? », demande le journaliste.

La deuxième interrogation concerne la forêt familiale du parlementaire à Adifè. André Silver Konan évoque des informations qu’il présente comme « de plus en plus persistantes » sur l’exploitation d’un site d’orpaillage dans cette zone.

La troisième question vise le suppléant du député. Le journaliste demande des explications sur l’information selon laquelle celui-ci serait « un activiste de l’orpaillage » dans la sous-préfecture d’Andé.

Enfin, André Silver Konan interroge Bernard Diby Kokora sur le fait que son nom reviendrait, selon lui, « souvent » dans des affaires d’orpaillage à la Direction des Mines de Bongouanou.

En conclusion de sa publication, le journaliste affirme ne pas avoir posé ces questions « par hasard » et dit être prêt à « aller en profondeur » sur le dossier avec le député.

Le droit de réponse de Bernard Diby Kokora

Le 28 août 2026, soit le lendemain de la publication des questions du journaliste, Bernard Diby Kokora a publié son droit de réponse.

Le député commence par contester la présentation d’images censées illustrer une manifestation de populations de N’Guessankro contre les forces de l’ordre, en soutien à des orpailleurs clandestins.

Selon lui, aucune manifestation de cette nature n’a eu lieu à N’Guessankro le 25 août 2026.

Il invite le journaliste à vérifier cette information auprès du chef du village, du sous-préfet ou du commandant de la brigade de gendarmerie territorialement compétente.

Le parlementaire met également en doute l’identification du lieu visible sur les photographies publiées et demande que soient établies avec certitude leur date, leur localisation et la nature exacte de la scène photographiée.

Le site d’orpaillage supposé proche de son domicile

Concernant la première question d’André Silver Konan, Bernard Diby Kokora affirme ne pas avoir connaissance d’un site d’orpaillage situé à proximité de son domicile sur la voie de Tanosso.

Il précise que son domicile se trouve au centre de N’Guessankro et non à la périphérie du village.

Le député demande surtout que tout lien entre sa personne et une éventuelle exploitation minière soit établi à partir d’éléments concrets portant notamment sur la propriété, l’exploitation, le financement, la participation ou toute intervention dans l’activité concernée.

La forêt familiale d’Adifè au centre des explications

Sur le deuxième point, Bernard Diby Kokora reconnaît que le champ de ses parents se trouve à Adifè.

Il conteste toutefois toute présentation qui laisserait entendre qu’une exploitation clandestine serait menée dans cette propriété familiale.

Selon le député, le site minier auquel André Silver Konan fait référence est légalement autorisé et situé dans le périmètre de la forêt familiale. Il aurait été attribué à la Société Ivoirienne d’Exploitation Minière (SIEMI SARL).

À l’appui de cette affirmation, Bernard Diby Kokora cite deux arrêtés ministériels pris en 2026 : l’arrêté n°0624/MMPE/DGMG du 26 mai 2026, portant attribution d’une autorisation d’exploitation minière semi-industrielle valable pour l’or, référence AESI0777, et l’arrêté n°0357/MMPE/DGMG du 23 mars 2026, portant attribution d’une autorisation similaire, référence AESI0776.

Le parlementaire estime que le statut juridique du site pouvait être vérifié auprès des services compétents de l’administration des Mines avant toute publication.

Le suppléant qualifié d’« activiste de l’orpaillage »

La troisième question d’André Silver Konan concerne le suppléant du député, présenté comme un « activiste de l’orpaillage » dans la sous-préfecture d’Andé.

Bernard Diby Kokora demande ce que recouvre précisément cette qualification et quels faits permettraient de l’établir.

Il précise que son suppléant est le président des jeunes d’Andé, fonction qui l’amène à être en contact avec les populations, les autorités administratives, les chefs de villages et différents acteurs de la vie locale.

Pour le député, une relation avec les populations d’une zone où existe de l’orpaillage ne suffit pas, à elle seule, à établir une implication dans cette activité.

Le nom du député cité à la Direction des Mines

Sur le quatrième point, Bernard Diby Kokora reproche au journaliste de rester imprécis.

Il demande notamment si son nom figure dans un procès-verbal, un rapport administratif, une procédure judiciaire, une plainte, une décision de l’administration des Mines ou tout autre document établissant une infraction.

Le député reconnaît toutefois avoir introduit, en 2024, une demande auprès de l’administration compétente en vue de l’obtention d’un permis d’exploitation.

Cette demande, précise-t-il, a été refusée. Il affirme avoir pris acte de cette décision et assure n’avoir ni cherché à la contourner ni exploité clandestinement un site.

Une controverse désormais centrée sur les preuves

Au-delà des accusations et des démentis, les échanges entre les deux protagonistes placent la question de la preuve et de la vérification des informations au centre du débat.

Bernard Diby Kokora reproche à André Silver Konan de s’appuyer notamment sur des « informations persistantes », des proximités géographiques, des qualifications qu’il juge imprécises et des photographies dont le lieu de prise de vue serait contestable.

Le député soutient ainsi que le soupçon ne saurait tenir lieu de preuve et demande que les affirmations publiées soient accompagnées de documents et de faits vérifiables.

De son côté, André Silver Konan maintient la portée de ses interrogations. Dans sa publication du 27 août 2026, il affirme ne pas avoir posé ses questions « par hasard » et annonce être prêt à « aller en profondeur » sur ce dossier.

Le député invite le journaliste à « remonter la filière »

Dans la dernière partie de son droit de réponse publié le 28 août 2026, Bernard Diby Kokora affirme ne pas être opposé à une enquête approfondie sur l’orpaillage illégal dans le Moronou.

Il invite même le journaliste à « remonter la filière » afin d’identifier les exploitants clandestins, les éventuels financiers, les intermédiaires, les facilitateurs et toutes les personnes susceptibles de permettre à ces activités de prospérer.

Le parlementaire demande également que toute éventuelle implication de responsables politiques soit établie sur la base de faits documentés, sans distinction de parti, de fonction ou de camp politique.

Une affaire à suivre

La chronologie des publications est donc désormais clairement établie : André Silver Konan a publié ses quatre questions le 27 août 2026, avant que Bernard Diby Kokora ne publie son droit de réponse le 28 août 2026.

La controverse reste ouverte entre les deux hommes. Le journaliste affirme vouloir approfondir ses investigations sur l’orpaillage dans le Moronou, tandis que le député rejette les mises en cause qu’il juge insuffisamment étayées et réclame des éléments matériels permettant de vérifier les accusations ou insinuations formulées à son encontre.

Au-delà de cette confrontation personnelle, le débat pose une question plus large : celle de la traçabilité des activités minières, de la lutte contre l’orpaillage illégal et de la responsabilité de ceux qui enquêtent comme de ceux qui sont mis en cause dans la présentation et la vérification des faits.

Suivre Gbaka Timothée

Recevez les nouveaux articles. Choisissez votre canal.

Partager

0 commentaire

    Soyez le premier à réagir.

Gbaka Timothée

Voir la vitrine du média →