Selon le courrier municipal du 3 août, le maire de Man aurait été saisi à plusieurs reprises par des opérateurs partenaires au sujet de faits présumés d’extorsion de fonds. Le document évoque des échanges avec le régisseur au cours desquels celui-ci aurait reconnu l’encaissement de sommes importantes qui n’auraient pas été reversées à leurs destinataires.
345 millions FCFA pour deux bénéficiaires
Le premier montant cité est de 298 millions de FCFA, qui auraient été collectés auprès de souscripteurs pour le compte d’un certain Diallo Daouda.
À cette somme s’ajouteraient 47 millions de FCFA qui auraient également été encaissés au profit de M. Soumahoro. Selon les griefs exposés dans le courrier municipal, ces fonds n’auraient pas été reversés aux bénéficiaires concernés.
Les deux montants représentent ainsi 345 millions de FCFA.
Le dossier fait également apparaître une troisième somme de 4,6 millions de FCFA, qui aurait été perçue auprès de souscripteurs au profit d’un certain Sow. Celui-ci contesterait toutefois avoir reçu les fonds et mettrait en cause l’authenticité de reçus qui auraient été établis en son nom.
Au total, les sommes évoquées dans le courrier municipal atteignent environ 349,6 millions de FCFA.
Des reçus portant l’en-tête de la mairie
Les interrogations ne portent pas uniquement sur les montants. Le courrier municipal évoque également l’utilisation présumée de l’en-tête et des cachets de la mairie pour établir des reçus relatifs à des sommes collectées auprès de particuliers.
Selon les éléments alors avancés par la municipalité, ces opérations n’auraient pas été enregistrées dans les livres comptables auprès du Trésor public.
C’est dans ce contexte que le maire avait demandé au régisseur de s’expliquer sur les différents griefs formulés contre lui, dans un délai de 48 heures.
Le contrôle du Trésor apporte une précision majeure
L’affaire a toutefois connu un nouveau développement le 27 août 2026, avec la publication d’un communiqué de la mairie consacré au contrôle effectué par le Trésor général de Man au sein de la régie municipale.
Selon ce communiqué, la mission de contrôle, intervenue après la mise à pied du régisseur et les demandes d’explications des 3 et 14 août, a procédé à des vérifications sur les opérations et documents comptables disponibles, en présence notamment du régisseur.
La conclusion rapportée par la mairie est sans équivoque : « La mission n’a constaté aucune malversation ni aucun détournement dans les recettes publiques. »
Le Trésor aurait néanmoins recommandé à la mairie de procéder rapidement à la nomination d’un nouveau régisseur et de poursuivre les réformes engagées au sein de la régie.
Fonds publics et fonds privés : la mairie fait la distinction
Dans le même communiqué, la mairie précise que les fonds versés par les souscripteurs relèvent « purement d’une affaire privée ». L’institution municipale affirme par ailleurs se tenir aux côtés des souscripteurs dans leur démarche visant au « rétablissement de leurs droits ».
Cette précision est importante dans un dossier où les accusations initiales semblaient mêler la gestion de fonds collectés auprès de particuliers et le fonctionnement de la régie municipale.
Les soutiens de Fofana Losseni s’appuient, eux, sur les conclusions du contrôle du Trésor pour contester les accusations de détournement de recettes publiques et dénoncer ce qu’ils qualifient d’« acharnement ».
Les projets BOT également évoqués
La polémique s’est par ailleurs étendue à certains projets communaux réalisés sous le mécanisme BOT (Build-Operate-Transfer), notamment celui situé derrière le stade de Man.
Les proches du régisseur estiment que l’attribution et la signature de ces projets relevant de l’autorité municipale, un audit indépendant devrait permettre de déterminer les responsabilités de l’ensemble des acteurs concernés.
Ils réclament également la libération de Fofana Losseni et dénoncent une instrumentalisation présumée des forces de sécurité dans ce qu’ils considèrent comme un différend à caractère privé et politique.
La justice appelée à établir les responsabilités
Entre les griefs formulés dans le courrier municipal du 3 août, l’interpellation du régisseur et les conclusions du contrôle du Trésor général du 27 août, le dossier présente désormais plusieurs niveaux de lecture.
Le contrôle du Trésor n’ayant relevé, selon la mairie, ni malversation ni détournement dans les recettes publiques, cette conclusion ne suffit toutefois pas, à elle seule, à trancher l’ensemble des questions relatives aux fonds versés par les souscripteurs, que la mairie présente comme relevant d’une affaire privée.
Les explications de Fofana Losseni, le contenu des éventuelles plaintes déposées par les souscripteurs et les investigations des autorités compétentes devraient permettre de déterminer la nature exacte des opérations en cause et les responsabilités éventuelles.
En attendant, une certitude demeure : près de 349,6 millions de FCFA sont cités dans les griefs initiaux, faisant de cette affaire l’un des dossiers financiers les plus sensibles à secouer récemment la municipalité de Man.

