Pour passer un simple appel téléphonique, les habitants doivent se rendre sur une colline située à l’écart du village. Une contrainte qui expose les communications privées au regard de tous et complique également le travail des enseignants, des agents de santé et des autres acteurs ayant besoin de communiquer régulièrement.
Le problème est d’autant plus incompréhensible pour les populations que des pylônes de télécommunication sont signalés sur l’axe Sion-Godigui-Monkiesso. Ces équipements restent cependant inutilisés, alors que l’absence de réseau constitue l’une des principales préoccupations de la localité.
Des écoles surchargées, un lycée toujours éloigné
Dans le secteur de l’éducation, les difficultés sont tout aussi préoccupantes. Les établissements scolaires accueillent parfois plus de 60 élèves par classe, créant des conditions peu favorables à un enseignement efficace.
À cette forte concentration des effectifs s’ajoute l’absence de lycée à proximité. Les élèves souhaitant poursuivre leurs études secondaires doivent ainsi envisager une scolarisation dans d’autres localités, avec les contraintes financières et logistiques que cela représente pour les familles.
Un centre de santé sans ambulance
La situation sanitaire constitue une autre source d’inquiétude.
Le centre de santé local ne dispose pas d’ambulance pour assurer l’évacuation des patients nécessitant une prise en charge urgente dans une structure mieux équipée.
Pour les populations, cette absence d’un moyen d’évacuation adapté devient particulièrement préoccupante lorsqu’il s’agit de faire face à une urgence vitale.
Le foncier au cœur des inquiétudes
À ces difficultés s’ajoutent des préoccupations liées à la disponibilité et à la gestion des terres cultivables.
Les populations font état d’une raréfaction progressive des terres et s’interrogent sur certaines opérations de cession dont elles estiment ne pas connaître clairement les conditions, les vendeurs ou les bénéficiaires.
Ces affirmations nécessitent toutefois d’être confrontées aux explications des autorités administratives, des services compétents en matière de foncier rural et des détenteurs de droits coutumiers, afin d’établir les faits et la régularité des transactions évoquées.
La question est d’autant plus sensible que l’histoire récente de Kokialo est elle-même profondément liée au foncier.
Kokialo, une histoire née du déplacement des populations
Selon une étude consacrée à la situation foncière dans la région du Tonkpi, une partie importante de la population actuelle de Kokialo est issue de personnes déplacées du Parc national du Mont Sangbé en 2001, dans le cadre d’une opération de conservation conduite par la Cellule d’Aménagement des Parcs Nationaux (CAPN).
À la suite de ce déplacement, les populations sont accueillies sur des terres appartenant à trois grandes familles détentrices de droits coutumiers : Soumahoro, Dosso et Touré.
La mise à disposition de ces terres intervient dans un contexte de consensus, notamment en raison de liens familiaux entre les détenteurs coutumiers et les populations accueillies.
Mais cette situation foncière évolue progressivement. Après plus de deux décennies d’occupation, l’étude fait état de tensions liées à des revendications portant sur des terres considérées comme appartenant initialement aux familles détentrices de droits coutumiers.
De Brima à Kokialo
L’histoire de la localité ne se limite pas au déplacement de 2001.
Avant de s’appeler Kokialo, la localité porte le nom de Brima. Cette information est rapportée par LeBanco.net dans un article intitulé « Côte d’Ivoire : Pourquoi des noms à consonance Malinké chez les Dan ? », publié en février 2020.
L’article indique que Brima, située dans le canton Toura Nord, est aujourd’hui appelée Kokialo. Il rapporte également le témoignage de feu Dosso Yangba, présenté comme patriarche de la localité.
Selon l’étude foncière consacrée à la région du Tonkpi, le nom « Kokialo » signifie en français « comment on va faire ». Une expression qui trouve aujourd’hui un écho particulier dans les préoccupations exprimées par les habitants.
Un village-centre du canton Bossè
Kokialo occupe également une place particulière dans l’organisation territoriale et traditionnelle de la zone.
Un article de presse publié sur Abidjan.net en 2014, sous le titre « Biankouma : Développement, paix, le cri d’alarme des élus », présente Kokialo comme le village-centre du canton Bossè. Ce canton regroupe notamment des villages issus des populations déplacées du Parc national du Mont Sangbé.
Cette position contribue à faire de Kokialo un important point de regroupement pour les populations de cette partie de la sous-préfecture de Gouiné.
Les données officielles du RGPH 2014 recensent par ailleurs 1 673 habitants à Kokialo.
Une mémoire encore largement orale
Malgré les éléments documentaires disponibles, l’histoire ancienne de Kokialo reste encore à approfondir.
L’origine exacte de Brima, les premières migrations, les lignages, la succession des chefs traditionnels, les circonstances précises du changement de nom et les traditions liées à la création du village demeurent notamment des pans de l’histoire qui nécessitent des recherches supplémentaires.
Les témoignages des chefs traditionnels, patriarches et doyens apparaissent dès lors indispensables pour compléter les informations contenues dans les documents disponibles.
Le cri du cœur d’une population
Aujourd’hui, les habitants de Kokialo souhaitent que leurs difficultés soient davantage prises en compte.
Leurs attentes concernent notamment l’amélioration de la couverture téléphonique, la mise en service des infrastructures de télécommunication existantes, le renforcement des établissements scolaires, la construction ou la mise à disposition d’infrastructures permettant la poursuite des études secondaires, ainsi que l’équipement du centre de santé en moyens d’évacuation sanitaire.
La clarification des questions foncières figure également parmi les préoccupations majeures.
Pour cette communauté dont l’histoire récente est marquée par le déplacement, l’installation sur de nouvelles terres et la recomposition de son territoire, le développement apparaît désormais comme une nécessité.
De Brima à Kokialo, l’histoire a changé de nom. Les difficultés, elles, demeurent. Et derrière le silence d’un village qui attend, c’est toute une population qui demande à être entendue.

