Ce geste symbolique consacre un artiste-passeur dont l’œuvre a rapproché tradition et modernité et continue d’inspirer les jeunes générations.
Quand on emprunte aujourd’hui la « Rue N’Guess Bon Sens » à Abobo, on ne traverse pas seulement une commune de la capitale ; mais on franchit un pan de mémoire collective. Donner le nom de N’Guess Bon Sens à une voie publique, c’est inscrire la musique baoulé dans l’espace urbain et reconnaître un parcours artistique profondément enraciné.N’Guess Bon Sens n’est pas seulement un artiste chanteur, il est un passeur. Il puisait dans les racines baoulé rythmes, contes, proverbes et les adaptait aux sensibilités contemporaines. Sa voix parlait aux anciens comme aux jeunes, aux cultivateurs comme aux citadins. Dans une société où la modernité menace parfois d’effacer les héritages, son œuvre a maintenu vivant un patrimoine sonore et moral.
Au-delà de l’esthétique, ses textes portaient une éthique : respect des aînés, solidarité, vigilance face aux dérives sociales. Il usait de l’ironie et de la sagesse populaire pour questionner et éduquer sans sermonner. Par ce biais, il a joué un rôle de conscience civique, rappelant à chacun ses responsabilités envers la communauté. Baptiser une rue à son nom a une portée symbolique forte. Abobo, territoire de vies mêlées et de talents émergents, reçoit ainsi un repère. C’est aussi une forme de réparation : trop souvent, les artisans de culture partent sans voir leur travail mémorisé dans l’espace public. Une plaque, c’est une adresse pour la mémoire populaire et une invitation aux plus jeunes à s’informer et à se réclamer de ces héritages.La rue N’Guess Bon Sens peut devenir plus qu’un nom sur un panneau. Si des écoles, troupes culturelles ou espaces de création s’y développent, le geste prendra sa pleine mesure : la mémoire sera réactivée au quotidien, et non cantonnée à la commémoration. C’est ainsi que l’œuvre de l’artiste peut continuer d’inspirer et de former de nouvelles voix.
En inscrivant le nom de N’Guess Bon Sens, sur une rue de l’une des plus importante commune de Côte d’Ivoire, c’est planter un jalon pour l’avenir. Que cette rue retentisse de chants et d’apprentissages, et rappelle à chaque passant que la culture est un bien commun vivant, utile et porteur de sens.
Hommage à toi, N’Guess Bon Sens, grand homme de culture !
François M’BRA II

