Culture

Côte d’Ivoire / Culture :«La guerre des cauris» : et si le vrai combat était celui du sens ?

Hamanieninfo.net·13 septembre 20262 min
Côte d’Ivoire / Culture :«La guerre des cauris» : et si le vrai combat était celui du sens ?

Avec La guerre des cauris, François M’BRA II ne raconte pas seulement un duel d’intellectuels : il met en scène la bataille contemporaine la plus cruciale, celle du sens, lorsque les symboles ancestraux sont détournés par des luttes de légitimité.

Dans la nation fictive de Gbé-n’dressou, les cauris, jadis instruments de pactes et d’unité, deviennent des armes discursives entre les mains de Sranblé et Blôloué Dassi, deux figures tutélaires respectées. Le roman explore ce basculement : comment un emblème passe du statut de lien social à celui de projectile identitaire, attisant rivalités académiques, fractures sociales et réveils mémoriels. Au cœur de ce tumulte, Lyrane Lekouo, née de deux peuples historiquement alliés, tente de faire du cauri un pont entre savoirs, politique et spiritualité, plutôt qu’un marqueur d’exclusion.

Quand le symbole se retourne contre la communauté

Le récit montre avec précision comment la manipulation des symboles produit des effets concrets : polarisation des débats, instrumentalisation des traditions, mobilisation des étudiants autour de causes plus identitaires que cognitives. En choisissant une nation fictive, Gbé-n’dressou, François M’BRA II universalise le propos : il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais d’une logique observable partout où la mémoire est utilisée comme ressource de pouvoir.

Les cauris, vidés de leur fonction première de médiation, deviennent alors des indicateurs de fracture : qui les contrôle contrôle le récit, et donc la légitimité. Le roman interroge ainsi les coûts sociaux de cette guerre du sens : perte de confiance, durcissement des appartenances, difficulté à penser ensemble l’avenir.

Lyrane Lekouo, ou l’hypothèse d’un symbole réhabilité

Face à ce dérapage, Lyrane Lekouo incarne une hypothèse : celle d’un symbole réhabilité, retravaillé, remis au service du vivre-ensemble. Issue de deux lignées alliées, elle porte une mémoire douloureuse et une pensée réconciliatrice : faire du cauri un langage commun, capable de relier savants, pouvoir et spiritualité sans écraser les différences. Son parcours suggère que la sortie de crise ne passe pas par l’abandon des emblèmes ancestraux, mais par leur réappropriation critique, par l’écriture et le débat.

Auteur de ce roman, François M’BRA II, journaliste, consultant et formateur, bénéficiaire du programme américain IVLP en 2014 , connu pour ses productions à portée sociale , inscrit cette fiction dans la continuité de son travail d’observation des enjeux sociaux, culturels et identitaires.

La guerre des cauris pose in fine une question politique majeure : qui décide du sens des symboles, et au nom de quoi ? En répondant par la fiction, le roman ouvre une piste exigeante : faire des emblèmes ancestraux non plus des armes, mais des outils de médiation pour reconstruire un langage commun.

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