Économie

Filière mangue : l’incertitude sur la campagne 2026-2027 menace la rentrée scolaire dans certaines familles

Hamanieninfo.net·16 septembre 20264 min
Filière mangue : l’incertitude sur la campagne 2026-2027 menace la rentrée scolaire dans certaines familles

À quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, de nombreux producteurs et pisteurs de mangues du nord de la Côte d’Ivoire disent attendre toujours les prêts scolaires habituellement octroyés par les exportateurs. L’inquiétude grandit dans la filière, fragilisée par les saisies de cargaisons ivoiriennes sur le marché européen en raison de la présence présumée de larves de mouches des fruits.

Des prêts scolaires toujours attendus

Dans les principales zones de production de mangues, notamment autour de Korhogo, la rentrée scolaire s’annonce difficile pour plusieurs familles de producteurs et de pisteurs. Ces acteurs affirment ne pas avoir encore reçu les appuis financiers qui leur sont traditionnellement accordés par les exportateurs avant la reprise des classes.

Ces prêts permettent aux parents de prendre en charge les frais d’inscription, les fournitures scolaires, les uniformes, le transport et, dans certains cas, les dépenses liées aux études universitaires ou aux grandes écoles. Ils sont généralement remboursés pendant la campagne à travers des retenues opérées sur les revenus tirés de la commercialisation des mangues.

« Ce n’est pas un refus de la part des exportateurs. Ils éprouvent surtout des difficultés à se projeter, parce que la situation de la filière reste incertaine. Leurs partenaires financiers habituels, notamment les importateurs et certaines institutions financières, hésitent également à les accompagner », explique une source proche du secteur.

La menace du marché européen

Cette prudence serait liée aux difficultés rencontrées au cours de la campagne 2025-2026. Plusieurs cargaisons de mangues ivoiriennes destinées à l’exportation auraient été saisies puis détruites après la détection de larves de mouches des fruits.

Selon des informations recueillies auprès de sources de la filière, 27 saisies auraient été enregistrées, alors que le seuil de vigilance fixé par le principal marché mondial de la mangue serait de cinq saisies. La Côte d’Ivoire figure parmi les principaux fournisseurs de mangues de l’Union européenne, derrière le Brésil et le Pérou.

Cette situation fait craindre un durcissement des mesures européennes, voire une suspension des exportations ivoiriennes vers ce marché. Pour les producteurs, une telle décision aurait des conséquences directes sur l’ensemble de la chaîne : récolteurs, pisteurs, transporteurs, commerçants, exportateurs et travailleurs des stations de conditionnement.

« Les exportateurs ne savent pas encore s’ils pourront mener normalement la prochaine campagne. Dans ces conditions, ils hésitent à accorder les prêts scolaires, car ils ne sont pas certains de pouvoir récupérer leur argent si les exportations sont suspendues », confie un producteur sous le couvert de l’anonymat.

Les pisteurs également dans l’attente

Les pisteurs, chargés de repérer les vergers et d’organiser la récolte, se trouvent eux aussi dans une situation préoccupante. D’ordinaire, ils bénéficient de prêts scolaires avant la rentrée, puis d’appuis destinés à l’entretien des vergers.

« Ces avances nous permettent de scolariser nos enfants, y compris ceux qui fréquentent les universités et les grandes écoles. Nous les remboursons ensuite avec une partie de nos revenus pendant la récolte. Mais cette année, nous n’avons encore rien reçu. Nous ignorons même si la campagne pourra se dérouler normalement », témoigne un membre d’un groupe de pisteurs.

L’absence de ces financements pourrait compromettre la scolarisation de nombreux enfants issus des familles qui dépendent de la mangue. Dans les localités productrices, certains parents redoutent de ne pas pouvoir payer les frais de rentrée ou de différer l’inscription de leurs enfants.

Un appel aux autorités

Face à cette situation, producteurs et pisteurs lancent un appel au gouvernement, au vice-président de la République ainsi qu’au chef de l’État. Ils souhaitent la mise en place urgente de mesures capables de préserver l’accès de la mangue ivoirienne au marché européen et de rassurer les opérateurs de la filière.

« La mangue représente notre principale source de revenus, à l’image du café et du cacao dans d’autres régions. Une suspension des exportations vers l’Europe mettrait en difficulté des milliers de familles et pourrait fragiliser la cohésion sociale dans nos communautés », alertent des paysans.

Les transporteurs aériens, maritimes et routiers seraient également préoccupés par les incertitudes qui entourent la prochaine campagne. Une baisse des exportations affecterait en effet toute la chaîne logistique et les activités économiques qui en dépendent.

Le ministère de l’Agriculture saisi

Selon des sources proches de la filière, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural aurait pris la mesure de la menace et se serait saisi du dossier. Les acteurs espèrent désormais des actions rapides pour renforcer le contrôle phytosanitaire, prévenir les infestations et éviter de nouvelles interceptions de cargaisons ivoiriennes.

Cette intervention est d’autant plus attendue que le préfet de la région du Poro, préfet du département de Korhogo, Karim Diarrassouba, a appelé les parents, le 14 septembre 2026, lors de la cérémonie de montée des couleurs, à conduire leurs enfants sur le chemin de l’école.

Mais dans les familles de producteurs et de pisteurs, cet appel se heurte à une réalité financière préoccupante. Tant que les prêts scolaires ne seront pas débloqués et que l’avenir de la campagne restera incertain, la rentrée demeurera une source d’angoisse pour des milliers de ménages. La sauvegarde de la filière mangue apparaît ainsi comme une urgence économique, sociale et scolaire.

Sylvestre Ehouo

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