Société

[Interview ]Santé sexuelle et reproductive : au camp scout d'Agbagnanssou, la jeunesse apprend à se parler sans tabou

Hamanieninfo.net·30 août 20267 min
[Interview ]Santé sexuelle et reproductive : au camp scout d'Agbagnanssou, la jeunesse apprend à se parler sans tabou

Sous les tentes plantées à Agbagnanssou, dans la commune de Bouaké, des centaines de jeunes scouts venus de tout le pays ont vécu, le temps d'un camp pédagogique, une expérience qui dépasse largement les nœuds de corde et les chants autour du feu. C’était du 12 au 17 Août 2026. Entre ateliers, ciné-débats, tente d'écoute et Color Run, le projet « C'EST LA VIE » a investi cet espace pour parler, sans détour, de consentement, de violences sexuelles et de santé reproductive. Une sensibilisation pensée non pas comme un passage éclair, mais comme le point de départ d'une chaîne de relais portée par les jeunes eux-mêmes. Marie-Michelle Camara, formatrice, Assistante au commissaire régional chargé de l’engagement des jeunes et des programmes internationaux, revient pour Hamanieninfo.net sur les coulisses et les ambitions de cette initiative.

Hamanieninfo.net: Quel est l'objectif principal de la participation du projet << C'EST LA VIE >> à ce camp pédagogique ?

Marie-Michelle Camara: L'objectif principal était sensibiliser facilement les jeunes mais aussi les encadreurs, dans un climat où nous avons l'habitude de les retrouver. Le camp nous offre donc une belle opportunité de créer un espace d'échange régulier, de renforcer les connaissances sur la santé sexuelle et reproductive et surtout de permettre aux jeunes de poser leurs questions librement, sans jugement. L'idée est aussi de ne pas avoir une sensibilisation ponctuelle mais de profiter de ce cadre pour créer une véritable dynamique autour de ces questions et permettre aux jeunes de devenir eux-mêmes des relais auprès de leurs pairs.

Hamanieninfo.net: : Pourquoi avoir choisi un camp scout pour sensibiliser les adolescents et les jeunes sur la santé sexuelle et reproductive ?

Marie-Michelle Camara: Le camp scout est un cadre idéal et propice à la sensibilisation. Comme on le dit souvent, le scoutisme est le reflet de la société. Lorsque nous allons en camp, nous vivons en petits groupes et, très souvent, les jeunes étant ensemble, ils peuvent autant se partager de bonnes informations que de mauvaises informations. C'est donc important pour nous d'être présents dans cet environnement pour apporter les bonnes informations, corriger certaines idées reçues et permettre aux jeunes de discuter de sujets parfois sensibles dans un cadre qui leur est familier. Le camp est également intéressant parce qu'il repose sur des valeurs et une méthode qui favorisent la participation, la vie en communauté, l'apprentissage par l'action et la responsabilisation des jeunes. Cela correspond très bien à notre approche de sensibilisation.

Hamanieninfo.net: Quelles sont les principales activités organisées pendant le camp ?

Marie-Michelle Camara : Nous avons organisé différentes activités, notamment des formations, des ateliers, des causeries, des ciné-débats et des visites de stands. Nous avons également les activités sportives, notamment la Color Run, qui nous a permis d'intégrer les messages de sensibilisation dans un cadre beaucoup plus ludique et convivial.L'idée était vraiment de varier les approches afin que les jeunes puissent apprendre de différentes manières et surtout participer activement plutôt que d'être simplement dans une position d'écoute.

Hamanieninfo.net: Comment les ciné-débats et les échanges entre pairs permettent-ils de faciliter la compréhension des messages ?

Marie-Michelle Camara : La vie en petit groupe facilite énormément les échanges entre les jeunes. Avec les ciné-débats, nous partons d'une situation concrète qui peut leur parler, puis nous leur donnons la possibilité de réagir, de donner leur avis et de poser des questions. Les échanges entre pairs permettent aussi de libérer davantage la parole. Un jeune peut parfois avoir plus de facilité à parler d'un sujet sensible avec un autre jeune qu'avec un adulte. Cela nous permet donc de mieux comprendre leurs préoccupations et d'apporter des réponses adaptées. L'apprentissage entre pairs est également très important. Le fait de vivre ensemble, de travailler en équipe et de participer à des activités communes crée aussi un climat qui facilite la discussion. C'est vraiment cette combinaison entre la vie en petits groupes, l'apprentissage par l'action, la participation et l'éducation entre pairs qui permet de rendre les messages plus accessibles et surtout plus proches des réalités des jeunes.

Hamanieninfo.net: Quels sont les sujets qui suscitent le plus de questions ou de réactions chez les jeunes participants ?

Marie-Michelle Camara : Parmi les sujets qui suscitent le plus de réactions, il y a notamment le consentement et les violences sexuelles, surtout celles qui ne sont pas forcément physiques. On se rend compte que certaines formes de violences sont encore mal comprises par les jeunes. Ils peuvent parfois ne pas identifier certaines situations comme étant problématiques. C'est donc important pour nous de leur donner les outils nécessaires pour reconnaître ces situations, connaître leurs droits et savoir vers qui se tourner lorsqu'ils sont confrontés à une situation qui les met mal à l'aise.

Hamanieninfo.net: Comment les activités sportives, notamment le ‘‘Mondial pour la vie’’ et la Color Run, contribuent-elles à la sensibilisation ?

Marie-Michelle Camara: Les activités sportives nous permettent d'utiliser un autre canal pour faire passer les messages. Les jeunes viennent d'abord pour participer, jouer, courir et s'amuser. Mais c'est justement dans ce cadre que nous pouvons intégrer des messages de sensibilisation. Le ‘‘Mondial pour la vie ’’ et la Color Run permettent donc de toucher beaucoup de jeunes de façon directe et indirecte dans une ambiance conviviale, de créer de la proximité et de rendre les messages plus faciles à retenir. Cela rend la sensibilisation plus attrayante car elle permet aux jeunes d'être au cœur du processus.

Hamanieninfo.net: : Quelle place est accordée aux filles dans ces activités, notamment en matière d'égalité, de leadership et de participation ?

Marie-Michelle Camara: Les garçons sont également pleinement impliqués dans les différentes activités et nous veillons à ce qu'ils soient eux aussi sensibilisés et puissent prendre part aux échanges. Mais nous avons un focus particulier sur les filles, notamment en matière de leadership, de prise de parole et de participation active. Les filles sont impliquées comme participantes mais aussi comme facilitatrices et souvent comme pairs éducatrices. Avec les causeries et le processus qui est actuellement en train d'être mis en place, nous travaillons à renforcer leur confiance, leur capacité à prendre la parole, à porter des messages auprès de leurs pairs et à occuper davantage des positions de leadership. L'objectif est donc d'avoir une participation inclusive, où les garçons et les filles sont tous acteurs, tout en créant davantage d'opportunités pour que les filles puissent développer leur leadership et faire entendre leur voix.

Hamanieninfo.net: Comment fonctionnent les espaces d'écoute et d'orientation installés sur le site ?

Marie-Michelle Camara: Nous avons notamment une tente d'écoute, qui permet aux jeunes d'avoir un espace plus confidentiel pour échanger et poser leurs préoccupations.

Il y a également le stand de l'UNICEF, avec un espace spécialement dédié à <<C'EST LA VIE>>, un peu à l'écart, qui permet de proposer des conseils pratiques et de favoriser la pair-éducation.

L'objectif est que les jeunes puissent avoir un endroit où ils se sentent suffisamment en confiance pour parler de sujets qu'ils ne souhaitent pas forcément aborder devant tout le monde, mais aussi recevoir des informations et, si nécessaire, être orientés vers les services appropriés.

Hamanieninfo.net: Que prévoyez-vous pour assurer la continuité des messages après la fin du camp ?

Marie-Michelle Camara: Nous travaillons notamment sur la mise en place d'un réseau d'ambassadeurs et de pairs éducateurs.L'idée est que les jeunes qui ont été formés et sensibilisés pendant le camp puissent continuer à faire vivre les messages auprès de leurs camarades. Concrètement, nous envisageons notamment des agoras et des discussions éducatives qui seront animées par ces ambassadeurs et pairs éducateurs dans leurs différents espaces de vie. Cela permettra de poursuivre les échanges et de faciliter la co-création d'autres initiatives portées par les jeunes dans le cadre du projet.L'objectif est vraiment de faire du camp un point de départ.

Hamanieninfo.net: Quels résultats espérez-vous obtenir à l'issue de cette activité et comment seront-ils évalués ?

Marie-Michelle Camara: Nous espérons avant tout que les jeunes repartent avec une meilleure compréhension des questions liées à la santé sexuelle et reproductive, mais aussi qu'ils soient capables d'identifier certaines situations à risque, notamment en matière de consentement et de violences sexuelles. Nous souhaitons également qu'ils sachent vers qui se tourner lorsqu'ils ont besoin d'informations, de conseils ou d'une orientation. Au-delà des connaissances, nous voulons surtout renforcer leur capacité à prendre la parole, à échanger entre pairs et à devenir eux-mêmes des acteurs de sensibilisation. L'évaluation pourra se faire à travers les retours des jeunes, leur participation aux différentes activités, les échanges que nous avons avec eux, mais également à travers les outils de suivi et d'évaluation du projet. Nous pourrons ainsi voir ce que les jeunes ont retenu et comment les messages continuent à être relayés après le camp.

Hamanieninfo.net: Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes dans leur ensemble et aux participants de cette activité ?

Marie-Michelle Camara: Je voudrais simplement leur dire de ne pas avoir peur de poser des questions. Sur les questions de santé sexuelle et reproductive, il y a beaucoup d'informations qui circulent notamment entre jeunes, et toutes ne sont pas forcément vraies. Il est donc important de chercher la bonne information, de savoir reconnaître les situations qui peuvent être dangereuses et surtout de savoir que demander de l'aide n'est jamais une faiblesse. Et aux participants de ce camp, je dirais : profitez de cet espace, posez vos questions, échangez et surtout, devenez à votre tour des relais de la bonne information auprès de vos pairs.

Hamanieninfo.net: Marie-Michelle Camara, merci d’avoir accepté de nous accorder ce temps d’entretien.

Marie-Michelle Camara: C’est moi qui vous remercie

Propos recueillis par François M’BRA II

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