Derrière les excavations sauvages, les dragues clandestines et les produits chimiques déversés dans le fleuve, c’est la souveraineté économique et sécuritaire du pays qui est menacée. À Nassian, la mobilisation autour du Comoé illustre une bataille plus large : reprendre le contrôle des ressources, protéger les territoires et offrir aux jeunes des alternatives durables face à une économie parallèle qui fragilise l’État.
La campagne de sensibilisation menée dimanche 13 septembre 2026 par le Conseil National des Jeunes de Côte d’Ivoire (CNJCI), sous l’impulsion de son délégué départemental Kobenan Sylvain Krah (KSK), ne se résume pas à un simple rappel des risques environnementaux. Elle s’inscrit dans un contexte national où l’orpaillage clandestin est désormais qualifié de « fortement préoccupant » par les plus hautes autorités, en raison de ses dimensions environnementale, sécuritaire et économique.
Placée sous le patronage du préfet LIGUI Pierre Michel Gnaoré et conduite en collaboration avec le cantonnement des Eaux et Forêts, l’action a sillonné plusieurs localités riveraines du fleuve Comoé, de Konètchê à Gansé, en passant par Kapé et Solokayewékélé. Les équipes ont martelé un message clair : l’orpaillage illégal n’est pas une opportunité, c’est un fléau qui pollue les eaux, dégrade les berges, détruit les terres agricoles et menace l’avenir des communautés.
Mais au-delà des impacts locaux, c’est l’ensemble du pays qui paie un lourd tribut. Selon des données officielles récentes, l’orpaillage clandestin ferait perdre chaque année plus de 3 000 milliards FCFA à l’État ivoirien, tandis que plus de 140 tonnes d’or échappent à tout contrôle, alimentant des circuits financiers opaques. Cette économie parallèle prive l’État de recettes fiscales et minières essentielles, puis affaiblit sa capacité à investir dans les services publics, les infrastructures et les programmes sociaux, notamment dans des départements comme Nassian où les besoins en développement local sont criants.
Une menace pour le contrôle du territoire et la cohésion sociale
La présence d’orpailleurs clandestins, souvent mobiles et organisés en réseaux, pose des questions aiguës de contrôle du territoire, en particulier dans les zones frontalières et le long des grands cours d’eau comme le Comoé. Les excavations sauvages, l’usage de dragues et la circulation de produits chimiques (mercure, cyanure) créent des zones de non-droit où l’État peine parfois à faire respecter la loi, exposant les populations à des risques sanitaires majeurs et à des conflits fonciers.
Le récent atelier du Conseil national de sécurité, tenu à Yamoussoukro, a mis l’accent sur le renforcement de la surveillance, de l’alerte et de la coordination entre les services concernés. À Nassian, la visite du préfet sur la traversée du bac illustre cette volonté d’appréhender concrètement les enjeux de sécurisation de cette zone stratégique, où la préservation du fleuve conditionne aussi la stabilité sociale et économique locale.
Face à ce constat, les organisateurs ont insisté sur les sanctions encourues par les auteurs et complices de cette activité, tout en appelant les populations à collaborer avec les services compétents. Ils ont également mis en avant des alternatives pour la jeunesse, notamment les programmes d’insertion de l’Agence Emploi Jeunes et les initiatives soutenues par des partenaires comme la GIZ et le projet COSO, offrant formation, accompagnement et accès à des activités génératrices de revenus.
À travers cette campagne, le délégué départemental du CNJCI entend faire de la jeunesse un acteur essentiel de la protection de l’environnement et du développement local. À Nassian, la préservation du fleuve Comoé apparaît désormais comme une responsabilité collective : protéger ses eaux, c’est aussi préserver les terres, la santé et l’avenir des générations futures, tout en renforçant la souveraineté économique et sécuritaire de la Côte d’Ivoire
François M’BRA II

