« Si tu veux abandonner, c’est ton problème ! »
Sur ces photos, je souffrais en silence. J’avais la vingtaine. Une acné adulte tenace m’a accompagnée de 2007 à 2012. C’est apparu après la naissance de mon premier enfant en 2007.
Des années d’une bataille intime que je menais loin des regards.
Je n’avais pas confiance en moi. J’étais un peu perdue. Mais une chose était claire : je voulais travailler dans les nouvelles technologies.
En 2009, j’ai ouvert mon tout premier blog, Godivoire.blogspot.com. Je me suis vite spécialisée dans l’actualité tech en Côte d’Ivoire et en Afrique.
2009, c’était un vrai tournant. Dans le monde, c’était l’âge d’or du blogging, Twitter explosait, Facebook s’ouvrait au grand public, WhatsApp et Uber naissaient.
Chez nous, internet était encore balbutiant, on travaillait dans les cybercafés, avoir une connexion à la maison était un luxe. Mais on était à un carrefour de l’histoire de notre pays.

Avec d’autres jeunes passionnés des NTIC - Eric Agnissan, Kassim Adiatou et d’autres, on a cofondé l’association Akendewa, pour promouvoir les bons usages d’internet. Sur cette photo, j’étais assise là, entourée de onze jeunes hommes, et on rêvait tous de créer de grandes start-up, une Silicon Valley ivoirienne. Notre président fondateur, Jean-Patrick Ehouman, a d’ailleurs reçu un prix d’excellence en août 2025 pour ce travail engagé depuis ses débuts.
On était de vrais rêveurs. Et moi, au milieu de ce groupe, j’étais une geek qui se trouvait bizarre, passionnée de films de science-fiction, de films futuristes, de gadgets high-tech et d’informatique, hyper mince, avec cette acné adulte terrible qui me barrait le visage : de gros kystes, des boutons qui apparaissaient sans que je puisse rien y faire, sur un visage gras de nature qui devenait encore plus gras. Ces boutons faisaient extrêmement mal, c’était douloureux. Et quand ils mûrissaient, je ne pouvais rien faire tant qu’ils n’arrivaient pas à maturation : il fallait attendre pour pouvoir enfin enlever le pus à l’intérieur. C’était horrible. J’essayais parfois de les casser avant, ça s’aggravait davantage (la chose à ne surtout pas faire). J’ai utilisé des produits qui ont fini par décaper mon visage en voulant effacer les cicatrices, et ça aussi, ça a aggravé les choses. C’était terrible, j’étais complètement perdue.
Pendant des années, je me regardais rarement dans un miroir. J’ai même remercié le Seigneur d’être myope, au moins je ne voyais pas nettement mon reflet le matin.
C’était une période extrêmement difficile pour moi. J’avais la vingtaine, j’avais déjà un enfant, et j’étais hyper complexée face à ces jeunes femmes de mon âge qui rayonnaient, qui réussissaient, qui brillaient, sans le moindre problème de peau. Je me demandais comment elles faisaient. J’enviais leur vie épanouie aussi, leurs familles parce que c’était une époque où je n’arrivais pas à joindre les deux bouts. Je me cherchais un peu.
Ce n’était pas facile du tout. Mais j’ai tenu bon. Malgré les coups que la vie vous donne, malgré les moments où on a envie d’abandonner, je tenais bon parce que j’avais des valeurs en moi et j’avais reçu une bonne éducation. Je me disais que j’avais un objectif à atteindre, et que je l’atteindrais dans 10 ans, dans 20 ans, peu importe le temps que ça prendrait : je prendrais les escaliers, et non l’ascenseur.

Ça n’a pas été facile. Mais à partir de 2014, j’ai trouvé un équilibre. J’ai appris à avoir confiance en moi, à m’accepter, à dire non. Rien ne se fait du jour au lendemain. Je viens de loin, et je n’ai parcouru qu’une petite partie du chemin que je veux faire dans ma vie. Mais je suis fière, et heureuse d’être la femme que je suis aujourd’hui.
Si je devais parler à cette jeune femme sur ces photos, je lui dirais : aie confiance en toi et sache que tu deviendras la femme que tu as toujours voulu être. Ce n’est qu’un petit passage dans ton histoire. Tu vas te construire une carapace, comme une tortue. Et un jour, tu vas te réveiller. Tu vas apprendre à t’aimer et c’est ça qui va t’aider à guérir. Apprends à t’écouter, n’aie pas peur de dire « NON ou merde » et cesse de chercher la validation des autres. C’est inutile.

