🇧🇯📍96 JOURS DE WADAGNI : LE TEMPS DES PREMIERS ACTES… OU CELUI DES PREMIÈRES QUESTIONS ?*
📌*Trois mois après son arrivée au pouvoir, le président Romuald Wadagni fait face aux premières attentes des Béninois.*
Le 24 mai dernier, Romuald Wadagni prêtait serment et devenait officiellement président de la République du Bénin.
Ce 28 août, cela fait exactement 96 jours qu’il est à la tête du pays.
96 jours, ce n’est évidemment pas sept ans.
Il serait donc injuste d’exiger d’un nouveau président qu’il transforme le Bénin en trois mois.
Mais 96 jours, c’est aussi suffisamment de temps pour commencer à poser une question simple, presque incontournable :
Qu’est-ce qui change concrètement dans la vie des Béninois ?
Cette question n’est pas un procès. Elle n’est pas davantage un appel au rejet.
Elle relève simplement du droit des citoyens à observer, à interroger et à attendre.
Comme beaucoup de jeunes Béninois, j’ai toujours souhaité voir un jeune accéder à la magistrature suprême. Aujourd’hui, Romuald Wadagni est président de la République.
C’est une réalité.
Et malgré les conditions politiques dans lesquelles cette alternance s’est produite, il faut désormais regarder devant nous.
Mais regarder devant nous, c’est aussi avoir le droit d’attendre des actes.
Des actes qui parlent aux familles.
Aux jeunes.
Aux travailleurs.
Aux plus vulnérables.
Aux malades.
Les personnes dialysées : un acte fort est-il possible ?
Parmi les sujets qui m’interpellent particulièrement figure la situation des personnes dialysées.
Des Béninois qui vivent quotidiennement avec la maladie, des traitements lourds et, bien souvent, des dépenses qui pèsent lourdement sur leurs familles.
Alors une question mérite d’être posée :
Le nouveau pouvoir peut-il poser un acte fort en leur faveur ?
Pas simplement une promesse.
Pas seulement une annonce.
Mais une décision concrète, susceptible de soulager réellement ceux qui sont confrontés à cette épreuve.
Prisonniers, libertés publiques et réconciliation
La même interrogation se pose concernant les prisonniers et, plus largement, la question des libertés publiques.
Le président parle de cohésion, de rassemblement et de réconciliation.
Beaucoup de Béninois attendent donc de voir comment ces mots se traduiront dans les faits.
Car une réconciliation ne se décrète pas uniquement dans un discours.
Elle se construit par des gestes.
Des gestes qui rassurent.
Des gestes qui rapprochent.
Des gestes qui permettent à ceux qui ont été éloignés de la vie publique ou politique de retrouver confiance dans les institutions.
La vie chère et le casse-tête de l’Internet
Et puis il y a une réalité beaucoup plus quotidienne : la cherté de la vie.
Aujourd’hui, pour beaucoup de jeunes, le problème n’est pas de savoir quel smartphone acheter.
Le problème est parfois de savoir comment payer le forfait Internet qui permet de travailler avec ce smartphone.
Les prix des offres Internet ont récemment suscité de nombreuses réactions, notamment après la disparition de certaines offres présentées comme illimitées à 5 000 et 10 000 FCFA, tandis que de nouvelles offres ont été proposées à des tarifs sensiblement plus élevés.
Le gouvernement a lui-même indiqué avoir découvert cette décision et renvoyé aux échanges entre l’ARCEP et les opérateurs.
Mais derrière les chiffres et les forfaits, il y a des vies.
Il y a le jeune journaliste.
Le communicateur.
L’étudiant.
Le commerçant.
Le créateur de contenu.
Le jeune entrepreneur.
Celui qui cherche un emploi.
Celui qui travaille à distance.
Celui qui utilise Internet pour apprendre, vendre, communiquer ou simplement tenter de construire son avenir.
Tout le monde ne prend pas de forfait Internet pour faire du buzz.
Certains travaillent avec.
Certains étudient avec.
Certains entreprennent avec.
Certains cherchent leur avenir avec.
Alors, dans un pays où de nombreux jeunes disposent déjà de revenus modestes, une question demeure légitime :
Comment permettre à la jeunesse béninoise de rester connectée sans que l’accès à Internet ne devienne un luxe ?
96 jours : ni condamnation, ni applaudissement aveugle
Je ne demande pas au président Wadagni de tout régler en 96 jours.
Ce serait irréaliste.
Je demande simplement que les premiers actes de ce mandat commencent à répondre aux préoccupations les plus urgentes des citoyens.
Parce qu’un président ne se juge pas uniquement à ses déplacements, à ses discours ou à ses rencontres.
À terme, il est surtout jugé à ce que les citoyens ressentent dans leur quotidien.
Et c’est peut-être là que se trouve le véritable défi de Romuald Wadagni.
Prouver qu’il n’est pas seulement l’héritier d’une continuité politique.
Prouver qu’il peut imprimer sa propre marque.
Prouver qu’il peut prendre des décisions qui lui ressemblent.
Prouver, surtout, que le pouvoir peut être un véritable instrument au service de tous les Béninois.
Après 96 jours, je ne veux donc pas condamner.
Je ne veux pas non plus applaudir
Je veux observer.
Je veux questionner.
Je veux attendre les actes.
Parce que le Bénin n’a pas seulement besoin d’un nouveau président.
Le Bénin a besoin de sentir qu’un nouveau chapitre commence.
Et ce chapitre, Monsieur le Président, ce sont maintenant les actes qui doivent l’écrire.
Prudence TESSI

