Opinion

Le paradoxe de l’amnésie sélective béninoise

Dencemedias·28 août 20264 min
Le paradoxe de l’amnésie sélective béninoise

Imaginez seulement BONI YAYI esquissant quelques pas de danse en public, dansant en mode « Pilé Pilé » au milieu des siens.😁 Quelle aurait été la réaction ?

Le paradoxe de l’amnésie sélective béninoise

Quand les mêmes principes ne semblent plus s’appliquer à tout le monde

Il y a des contradictions qui méritent qu’on s’y attarde. Et puis il y a celles qui finissent par devenir tellement évidentes qu’elles prêtent presque à sourire.

Depuis des années, un refrain est inlassablement repris dès qu’il est question de BONI YAYI : « Il doit se retirer. Il est à la retraite. Il doit laisser son successeur travailler. Sa page est tournée. »

Depuis 2016, et plus encore à chacune de ses apparitions publiques, le même procès recommence.

BONI YAYI va saluer quelqu’un ? Il veut revenir.

Il présente ses condoléances à une famille endeuillée ? Il fait de la politique.

Il apparaît dans une cérémonie publique ? Il cherche à perturber son successeur.

Il s’exprime sur la vie nationale ? Il ne veut pas laisser la place aux autres.

Il est même arrivé que son simple retour dans l’espace public soit présenté comme une menace pour la gouvernance de celui qui lui avait succédé.

On lui expliquait qu’après dix années à la tête du pays, il devait désormais se retirer définitivement. Qu’il avait fait son temps. Qu’il devait se consacrer à autre chose. Certains rappelaient même qu’il avait évoqué son désir de devenir pasteur.

Bref, selon cette logique, un ancien président devrait presque disparaître de la circulation publique.

Mais voilà que le temps passe et que les principes semblent, eux aussi, avoir changé de retraite.

Aujourd’hui, personne ne semble plus réclamer avec la même vigueur qu’un ancien président béninois se mette définitivement en marge de la vie publique. Personne ne semble plus s’émouvoir de ses apparitions, de ses participations à des manifestations, de ses moments de convivialité ou même de ses pas de danse.

Et surtout, personne ne semble y voir une volonté de « mettre des bâtons dans les roues » au nouveau pouvoir.

Alors une question toute simple mérite d’être posée : qu’est-ce qui a changé ?

Les principes ou les personnes ?

Car si la présence publique d’un ancien président était hier considérée comme une perturbation de l’action de son successeur, pourquoi ne le serait-elle plus aujourd’hui ?

Si l’on estimait qu’un ancien chef d’État devait se retirer pour laisser travailler celui qui venait d’être élu, pourquoi cette exigence ne serait-elle plus valable ?

Et si dix années de présidence imposaient nécessairement une retraite politique, comment expliquer qu’un ancien président puisse, à peine sorti de ses fonctions, reprendre la direction d’une nouvelle institution publique sans que cela ne provoque la moindre levée de boucliers ?

C’est là que le paradoxe devient particulièrement savoureux.

Imaginez seulement BONI YAYI esquissant quelques pas de danse en public, dansant en mode « Pilé Pilé » au milieu des siens.😁

Quelle aurait été la réaction ?

On peut facilement imaginer les commentaires, les accusations et les procès en intention.

On aurait probablement expliqué qu’il ne voulait toujours pas partir. Qu’il cherchait à revenir. Qu’il faisait de la politique. Qu’il voulait déstabiliser son successeur.

Mais aujourd’hui, lorsque les mêmes comportements sont observés chez d’autres, le silence est presque religieux.

Et je ne dis pas cela pour demander qu’on interdise à qui que ce soit de vivre, de sortir, de danser, de participer à des événements ou de continuer à servir son pays.

Bien au contraire.

Qu’un ancien président puisse continuer à vivre normalement, à participer à la vie publique et même à assumer de nouvelles responsabilités ne me choque absolument pas.

Ce qui me gêne, c’est l’incohérence du jugement.

Si c’est acceptable aujourd’hui, cela aurait dû l’être hier.

Si un ancien président a le droit de rester actif, de participer à la vie publique et d’assumer de nouvelles responsabilités, alors BONI YAYI avait également ce droit.

Et si BONI YAYI devait impérativement se retirer au nom de la stabilité et du respect du mandat de son successeur, alors cette règle devait être générale et non sélective.

C’est finalement peut-être cela que nous enseigne le mieux cette situation : au Bénin, il faut parfois laisser les gens parler et faire ce que l’on estime juste, lorsque sa conscience est tranquille.

Parce que si BONI YAYI avait écouté tous ceux qui lui demandaient de « rester dans sa chambre », peut-être aurait-il fallu attendre ses 115 ans pour le voir à nouveau dans l’espace public.

Et pendant ce temps, ceux qui lui reprochaient hier d’exister publiquement applaudissent aujourd’hui les mêmes libertés chez d’autres.

Ce n’est donc peut-être pas la présence publique d’un ancien président qui dérange.

C’est peut-être simplement l’identité de celui qui est présent.

Voilà le véritable paradoxe.

Alors finalement, peut-être faut-il simplement se réjouir de cette nouvelle découverte : la retraite politique n’est plus forcément une disparition de la vie publique.

C’est une excellente nouvelle.

Il aura simplement fallu, semble-t-il, changer de personne pour s’en rendre compte.

Comme quoi, au Bénin, certains principes ont parfois une étonnante capacité d’adaptation.

Ils ne meurent jamais vraiment. Ils attendent juste de savoir à qui ils doivent s’appliquer.

Et ça, avouons-le, c’est une sacrée leçon de politique.

Heureux pour vous, en tout cas

Comme quoi, au Bénin, certains principes ont parfois une étonnante capacité d’adaptation

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