Économie

Niger–Algérie : les dessous du contrat Sonidep–Sonatrach

Sahel d'Afrique ·22 août 20263 min
Niger–Algérie : les dessous du contrat Sonidep–Sonatrach

À la SORAZ, la bataille pour le contrôle des opérations prend une tournure pour le moins hasardeuse. Alors que la raffinerie de Zinder fait face à des difficultés techniques et à une maintenance lourde annoncée pour octobre 2026, la junte au pouvoir à Niamey a choisi de s'en remettre unilatéralement à des techniciens algériens, au mépris des avertissements de son partenaire historique et technique, la CNPC. Une initiative qui met en lumière les dérives d'une gouvernance improvisée, où la quête d'alliances politiques prime sur la sécurité industrielle.

La raffinerie traverse pourtant une zone de fortes turbulences. Selon plusieurs sources du secteur, la production est récemment retombée au niveau critique de 12 000 barils par jour, tandis que les travaux de grande maintenance, évalués à 46,58 millions de dollars (en nette hausse par rapport à 2022), accusent un retard préoccupant dans un contexte de tensions prononcées sur les liquidités de l'État.

C’est précisément pour masquer ces carences financières et opérationnelles que Niamey tente un coup de force.

Officiellement présentés comme un « audit » et une « optimisation », les renforts algériens dépêchés sur le site s'apparentent davantage à une ingérence improvisée.

Des manipulations à haut risque sous couvert d’audit

La présence de ces équipes algériennes ne tarde pas à faire des étincelles. D'après des informations recoupées auprès de sources concordantes, les techniciens mandatés se seraient livrés à des interventions manuelles directes sur les vannes du réseau de régulation afin de forcer artificiellement la production à environ 13 500 barils par jour.

Résultat de cette manipulation à l'aveugle : les indicateurs de température de la section de distillation ont franchi les seuils de tolérance thermique et de sécurité. Face au risque avéré d'un incident majeur sur les installations, la CNPC a fermement refusé de cautionner ce qui s'apparente à une fuite en avant technique, pointant du doigt le danger mortel que cela fait peser sur l'intégrité du site.

Une souveraineté de façade et des choix géopolitiques discutables

Au-delà du danger industriel, c'est toute la logique de la souveraineté brandie par la junte qui montre ses limites.

Sous couvert de rupture, le pouvoir militaire s'engage dans un partage des tâches pour le moins opaque : 80 % des opérations de maintenance confiées aux équipes algériennes, 20 % à la CNPC, et un néant absolu pour le contenu local. En voulant écarter la Chine de ses prérogatives contractuelles et en concédant un accès non autorisé aux bases de données stratégiques de la raffinerie — en violation flagrante des accords de consortium signés en 2008 —, la junte s'expose à un nouveau contentieux international dévastateur.

Ce cavalier seul met au jour la réalité d'un troc politique plus large. En cherchant à tout prix à cimenter ses relations avec Alger — récemment illustrées par des livraisons de matériel militaire et des gestes de courtoisie géopolitique, le régime militaire semble prêt à sacrifier la viabilité économique et technique du pays. Derrière le vernis de la dignité retrouvée, c'est une véritable dérive opportuniste qui s'opère, où l'on brade la gestion d'un fleuron national au profit d'alliances de circonstance.

Le gouffre de l'improvisation

La question est désormais tranchée par les faits : jusqu'où la junte est-elle prête à mener le Niger dans cette impasse ? En voulant maquiller ses difficultés financières et techniques par des coups de communication politique, le pouvoir militaire ne sauve pas la SORAZ ; il l'expose à une double crise, à la fois industrielle et juridique, dont le pays paiera le prix fort.

La performance de la raffinerie de Zinder est aujourd'hui sacrifiée sur l'autel d'une diplomatie de façade, transformant un outil stratégique vital en simple monnaie d'échange politique.

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