Opinion

SÉGUÉLA : JUSTICE À VISAGE HUMAIN : QUAND LA RIGUEUR DU DROIT RENCONTRE LA COMPASSION

YSHMANews·30 août 20263 min
SÉGUÉLA : JUSTICE À VISAGE HUMAIN : QUAND LA RIGUEUR DU DROIT RENCONTRE LA COMPASSION

Il y a des audiences où l'on vient chercher une peine, et d'autres où l'on découvre une leçon d'humanité. C'était le cas le jeudi 14 Août au Tribunal de Séguéla, dans une salle comble mais d'un silence inhabituel.

Il y a des audiences où l'on vient chercher une peine, et d'autres où l'on découvre une leçon d'humanité. C'était le cas le jeudi 14 Août au Tribunal de Séguéla, dans une salle comble mais d'un silence inhabituel.

A la barre, des prévenus, poursuivis pour vol, détention de stupéfiants abus de confiance et coups et blessures. Pas d'avocat à leurs côtés. Seuls face à la machine judiciaire, le regard baissé. On s'attendait à la froideur d'une procédure expéditive. On a assisté à tout l'inverse.

Un Procureur qui écoute avant de requérir

Dès l'appel du dossier, le substitut du Procureur de la République auprès de la section du tribunal de Séguéla, Aguié Ando Anicet F., a surpris l'assistance. Loin de la figure implacable que l'on imagine souvent, c'est un magistrat à l'écoute qui s'est levé.

« Dites-moi, pas ce que vous avez fait, dites-moi pourquoi vous en êtes arrivé là », a-t-il lancé à chaque prévenu.

Pendant de longues minutes, il a laissé parler ceux qu'il poursui. De l'école abandonnée, de la méconnaissance et de l'ignorance chacun a pu vider son esprit et son cœur. Sans interrompre l'un d'entre eux. Sans juger. Pour ceux dont la langue française était un handicap, ils ont eu droit chacun à un interprète.

Dans ses réquisitions, il a bien sûr rappelé la loi. Il a demandé la condamnation, car nul n'est au-dessus de la loi. Mais il l'a fait avec une retenue rare : « Je ne requiers pas contre des dossiers, je requiers pour que la société protège aussi des hommes qui se sont égarés. Je vous demande une peine qui sanctionne, mais surtout qui offre une chance de se reconstruire. »

Il a requis des peines d'emprisonnement ferme, et aussi avec sursis mais assortis d'amendes et de suivis socio judiciaire.

Le Juge qui condamne en relevant l'homme

Puis vint le moment du jugement. Le Président du Tribunal, le Juge Kouadio Stéphane, a pris la parole. Et c'est là que la justice a pris un visage profondément humain.

Il s'est adressé à chaque prévenu par son nom. Avec une voix calme et audible pour mieux se faire entendre.

« Ce tribunal vous condamne. Mais ce tribunal ne vous abandonne pas », peut-on conclure dans chaque jugement prononcé.

Il a prononcé des peines de 3, 6, 12 et 18 mois d'emprisonnement, des peines justes, à la hauteur des faits. Mais chaque condamnation était accompagnée d'un mot, d'un conseil, presque d'une bénédiction laïque.

À l'un : « Devenez une meilleure personne, pas une personne avec de la rancœur. »

À l'autre : « Votre famille vous aime et je le vois dans cette salle. Ne la faites plus pleurer. C'est pour elle que vous devez devenir meilleur. »

Loin d'une justice mécanique, le juge a expliqué la peine. Il a expliqué que la prison n'était pas une vengeance, mais une pause imposée pour arrêter une chute. Ils ont pris le temps, malgré l'absence d'avocats pour porter leur voix, de devenir eux-même le garant de leur dignité, s'assurant qu'ils avaient compris chaque mot du verdict.

À la fin de l'audience, on pouvait entendre les prévenus murmuré un « merci, Monsieur le Juge et Monsieur le Procureur». Un merci pour une condamnation. Tout était dit.

Ce jour-là, au Palais de Justice de Séguéla, on n'a pas seulement vu deux magistrats dire le droit. On a vu deux hommes exercer le droit avec leur cœur. Une justice qui punit, oui, mais qui n'oublie jamais qu'en face d'elle, il y a encore des hommes à relever.

Yshma YAPAUD, Journaliste Libre.

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