Le GRAMCI a indiqué que la première distinction à établir concerne la nature des activités. « Il n’existe pas un orpaillage, mais deux », a expliqué Eugène Malan, faisant la différence entre les exploitations clandestines et celles exercées dans le respect de la réglementation.

L’orpaillage illégal constitue, selon lui, une menace pour les ressources naturelles, les terres agricoles et les cours d’eau, tout en échappant au contrôle de l’État et en favorisant les circuits informels. À l’inverse, l’activité encadrée permet d’identifier les opérateurs, d’assurer la traçabilité de l’or et de générer des retombées pour les finances publiques et les communautés. « Le GRAMCI est contre l’orpaillage clandestin », a-t-il affirmé, précisant que cette position ne remet pas en cause le principe d’une exploitation artisanale légalement organisée.
Une action publique jugée nécessaire
Le Groupement salue les résultats obtenus par les autorités dans la lutte contre les sites clandestins, notamment ceux présentés lors de la réunion du Conseil national de sécurité du 23 juillet 2026. Entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal ont été déguerpis. Les opérations ont également conduit au déferrement de 4 474 individus, à la saisie de plus de 960 millions de FCFA et d’environ 136 kilogrammes d’or.

Ces chiffres illustrent, d’après Eugène Malan, la détermination des autorités. « La lutte contre l’orpaillage clandestin est une nécessité pour préserver les ressources de notre pays, protéger nos populations et garantir que la richesse minière profite à la collectivité nationale », a-t-il soutenu.
Le GRAMCI relève notamment la création, en 2021, du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI) et l’intervention de la Brigade de Répression des Infractions au Code minier (BRICM). Le dispositif de contrôle a également été renforcé avec la mise à disposition, depuis juillet 2025, de 30 drones de dernière génération aux directions régionales et départementales des Mines et de la Géologie.
Pour le Groupement, l’action répressive doit cependant être accompagnée d’un travail de prévention. Il met ainsi en avant les campagnes de sensibilisation conduites par le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie sous la direction de Mamadou Sangafowa-Coulibaly.
Le 8 décembre 2023, le ministre a lancé une campagne nationale auprès de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels (CNRCT), afin d’impliquer les autorités coutumières et les communautés dans la lutte contre les conséquences environnementales, économiques et sociales de l’exploitation clandestine.
Quatre étapes ont depuis été organisées. La première s’est déroulée dans le District autonome des Savanes, du 17 au 20 juillet 2024, notamment à Kong, Boundiali et Korhogo. La deuxième a concerné le District autonome des Lacs et le Moronou, du 9 au 12 juillet 2025. La troisième s’est tenue dans le District autonome des Lagunes, à Agboville et Adzopé, les 25 et 26 septembre 2025. La quatrième a eu lieu à Séguéla, le 25 juin 2026, au profit des régions du Bafing, du Béré et du Worodougou. « Il faut sensibiliser les populations autant qu’il faut réprimer les réseaux clandestins. La lutte ne peut être durable que si les communautés comprennent les enjeux et disposent d’alternatives légales », a souligné Eugène Malan.
Formaliser pour structurer la petite mine
Cette orientation s’inscrit également dans les conclusions d’un atelier national consacré à la transformation structurelle des petites mines. Tenu en juillet 2025, il a débouché sur un partenariat entre la Côte d’Ivoire, la Banque mondiale et le Conseil mondial de l’or pour promouvoir une exploitation minière artisanale et à petite échelle plus durable et responsable.

Sur le terrain, le processus de formalisation connaît déjà une progression. Le GRAMCI indique que plus de 800 autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle ont été délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que durant toute la décennie précédente. « La formalisation est la meilleure manière de sortir les acteurs de la clandestinité, de sécuriser leurs revenus et de permettre à l’État de mieux contrôler et valoriser la production », a déclaré le premier vice-président du Groupement.
Cette démarche doit notamment favoriser la création de coopératives, l’accès au financement et à la formation, l’amélioration de la sécurité des travailleurs ainsi que la traçabilité de la production. Selon le GRAMCI, l’exploitation minière artisanale et à petite échelle ferait vivre directement ou indirectement près d’un demi-million de personnes.
Elle constitue également un outil de protection de l’environnement, les opérateurs légalement autorisés étant soumis à des exigences réglementaires et ne pouvant intervenir dans certaines zones protégées, notamment les forêts classées, les cours d’eau et les espaces sacrés.
Eburnie Gold Fields, l’exemple de Koun-Fao
Le GRAMCI s’appuie sur la mine semi-industrielle Eburnie Gold Fields, à Koun-Fao, pour illustrer les retombées potentielles d’une activité encadrée.
L’entreprise compte 20 salariés permanents et plus de 80 journaliers. Depuis 2022, elle aurait versé environ 300 millions de FCFA en taxes et impôts, près de 200 millions de FCFA au titre de la taxe ad valorem, investi quelque 375 millions de FCFA dans des projets communautaires et consacré environ 180 millions de FCFA à la réhabilitation progressive du site. « Cet exemple montre qu’une exploitation minière encadrée peut créer des emplois, générer des recettes pour l’État, contribuer au développement des communautés et participer à la réhabilitation des sites », a fait valoir Eugène Malan.
Dans cette logique de professionnalisation, le GRAMCI indique également avoir conclu un partenariat avec la SODEMI pour accompagner une centaine de petits détenteurs de permis dans la recherche et l’évaluation de leurs ressources géologiques.
C’est sur la proposition d’un moratoire que la position du Groupement est la plus tranchée. Le GRAMCI estime qu’une suspension des activités légalement autorisées pénaliserait les opérateurs en règle sans s’attaquer directement aux réseaux clandestins.
L’organisation cite l’exemple de la région de la Mé, où des entreprises minières avaient suspendu leurs activités en avril 2024. Selon elle, cette mesure n’avait pas permis de faire disparaître l’exploitation illégale. « Un moratoire sur les activités légales ne permettra pas, à lui seul, de résoudre le problème de l’orpaillage clandestin. Il risque plutôt de fragiliser les opérateurs qui respectent la réglementation sans toucher aux réseaux clandestins », a estimé Eugène Malan.
Le GRAMCI défend donc une ligne reposant sur l’application de la loi, le dialogue avec les acteurs et l’élargissement des possibilités d’accès à la légalité.
Répression et formalisation : le double levier
Au terme de sa déclaration, le Groupement propose une réponse articulée autour de deux leviers : maintenir une lutte ferme contre les réseaux clandestins et accélérer, parallèlement, la formalisation des exploitants artisanaux. « Il ne faut pas seulement démanteler les sites clandestins. Il faut également offrir une alternative légale aux populations afin d’éviter qu’elles ne retournent dans la clandestinité », a insisté Eugène Malan.

Eugène Malan a finalement résumé la ligne défendue par l’organisation : « Le GRAMCI dit NON à l’orpaillage clandestin. Le GRAMCI dit OUI à une petite mine légale, responsable et créatrice de valeur », a-t-il martelé.
À travers cette position, le GRAMCI entend accompagner les pouvoirs publics dans la structuration d’une petite mine ivoirienne plus professionnelle, responsable et créatrice de valeur.

